Dionysien Saint Denis
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Mais pourquoi Patrick s'est barré?
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La crise des cantonales de 1994

La dernière tentative de reprise en main des «diables» dionysiens par l'appareil du PC a lieu en 1994. Le très orthodoxe Maurice Soucheyre, premier adjoint de Braouezec, élu depuis… 1959, et vice-président du conseil général, déclare ne pas vouloir se représenter dans son canton de Saint-Denis. Patrick Braouezec file alors voir le maire de Bobigny, premier secrétaire fédéral de l'époque, pour lui proposer son jeune adjoint Didier Paillard. Afin de contrer ce choix, le parti désigne Pierre Quay-Thévenon, secrétaire de section. Qui, devant les débats houleux à Saint-Denis, se retire. Une décision qui fait plus que chagriner la Place du Colonel-Fabien. Soucheyre décide alors de rempiler.

Fait unique dans l'histoire du PC, deux candidats «labélisés» s'affrontent finalement au premier tour. «La section de Saint-Denis, la fédération et l'appareil du parti étaient contre nous, se souvient Didier Paillard. Il y a eu des coups bas, des cassages de gueule entre colleurs d'affiches, mais aussi une vraie bataille politique sur le fond: nous voulions démontrer qu'une ville ne saurait être gérée par l'appareil.» Résultat: Paillard l'emporte avec 29% des voix devant Soucheyre, 22%. «Mais, en n'allant pas au clash au second tour, les deux côtés ont intelligemment montré leur volonté d'apaisement. Aujourd'hui, la situation s'est nettement calmée, explique David Proult, secrétaire de section, proche des rénovateurs. Quand vous voyez que Patrick Braouezec et Pierre Zarka défendent dorénavant les mêmes orientations, vous mesurez le chemin parcouru. C'est énorme!»

Habile et pragmatique - voire opportuniste, selon ses opposants - Braouezec discute quand il le faut avec Balladur, côtoie les ténors socialistes (Vaillant, Cambadélis, Jospin, DSK) et joue la carte des entreprises. Pour ce faire, il met au point avec quelques patrons du coin, dont le dynamique Francis Dubrac, gros entrepreneur du BTP, Saint-Denis Promotion, un organisme chargé de vanter les atouts de La Plaine. «Au début, personne ne nous écoutait, confie Francis Dubrac, actuel président de l'association, devenue Plaine Commune Promotion. Mais, avec le grand stade, les chefs d'entreprise vont découvrir les potentialités du sud de Saint-Denis. Et accourir.»

Dans la foulée, la rumeur enfle. A l'aube du gouvernement Jospin, en 1997, on cite Braouezec à la Ville, à la Culture, ou encore à la Jeunesse et aux Sports. Las! Robert Hue, alors secrétaire national du PC, aurait, écrit l'intéressé, expliqué aux socialistes combien le député maire de Saint-Denis était «incontrôlable». Compensation? La victoire des Bleus au Mondial de 1998 place la Seine-Saint-Denis sous les feux de la rampe. C'est le triomphe du black-blanc-beur. Toute la banlieue nord-parisienne est à l'honneur. Un vent d'espoir souffle, les projets se multiplient sur les hectares laissés en friche par le déclin industriel des années 1970. Braouezec, Paillard et Stéphane Peu, l'influent adjoint au logement et aux relations internationales (voir l'encadré ci-dessous), prennent leur bâton de pèlerin et vont plaider le développement solidaire auprès des maires des communes environnantes.

Cinq, dans un premier temps, répondent à l'appel: le 1er janvier 2000, Saint-Denis, Aubervilliers, Epinay-sur-Seine, Pierrefitte-sur-Seine et Villetaneuse - alors toutes communistes - créent une communauté de communes, transformée un an plus tard en communauté d'agglomération. Bientôt rejointe par Stains et par L'Ile-Saint-Denis, Plaine Commune dispose de larges compétences, de l'aménagement urbain aux transports, en passant par la propreté. Afin d'éviter la mainmise de Saint-Denis sur l'agglo, les maires s'accordent pour élire à la présidence Jacques Poulet, premier magistrat de la plus petite ville, Villetaneuse. Les municipales de 2001 - que Braouezec, à la tête d'une liste d'union de la gauche, remporte facilement - ne changent pas fondamentalement la donne, même si Epinay tombe entre les mains de l'UDF Hervé Chevreau et L'Ile-Saint-Denis entre celles du Vert Michel Bourgain. Lorsque La Courneuve vient renforcer la structure, en janvier 2005, Plaine Commune est un acteur essentiel de la banlieue parisienne - avec 330 000 habitants, elle pèse autant que Nice!

C'est à ce moment-là que Braouezec choisit d'en prendre la présidence. Une élection facilitée par sa démission du fauteuil de maire, au bénéfice de son premier adjoint, Didier Paillard. «J'ai décidé de m'effacer au moment où je me suis aperçu que l'affectif prenait le pas sur le politique. Il n'est pas bon de trop bien connaître les gens», rapporte Braouezec. Et il est beaucoup plus intéressant, lorsque l'on s'imagine un destin national, de piloter l'un des pôles structurants de l'Ile-de-France plutôt qu'une simple ville, si historique soit-elle... «Il fallait pouvoir parler d'égal à égal avec Delanoë ou Huchon, assure Stéphane Peu, et savoir prendre des risques.» Le maire de Villetaneuse passe donc opportunément la main, sans gaieté de cœur, six mois avant la décision d'attribution des JO de 2012.



 
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